Archipélisation

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Extraits de l'article "Archipélisation : comment Framasoft conçoit les relations qu’elle tisse"

Source : https://framablog.org/2019/12/10/archipelisation-comment-framasoft-concoit-les-relations-quelle-tisse/?


L’archipélisation est une métaphore insulaire ne décrivant pas des entités isolées et évoluant selon leurs propres règles, mais comme un ensemble de petites structures indépendantes dont la capacité de développement repose sur la coopération, la mutualisation.

Édouard Glissant (1928-2011), écrivain, poète, philosophe martiniquais, est considéré comme l’un des penseurs les plus importants au monde du concept d’archipélisation. C’est aussi un théoricien de la relation.

« J’appelle créolisation la rencontre, l’interférence, le choc, les harmonies et les dysharmonies entre les cultures. » Par ces mots, Édouard Glissant fait de la « créolisation » une décontinentalisation, qu’il nomme archipélisation, et qu’il corrèle à ce qu’il appelle le « tout-monde ». Le monde entier, pour lui, se créolise et s’archipélise.

Une autre façon d’appréhender ce concept est de penser un réseau de petites structures agiles et flexibles reliées entre elles par des outils conviviaux.

Cette notion, si elle est associée à celle des outils conviviaux d’Ivan Illich ou la figure du rhizome, héritée de Deleuze et Gattari, déjoue l’opposition entre centre et périphérie. Il s’agit donc de passer d’une vision continentale, où on essaye de faire continent tous ensemble, à une « archipélisation » d’îlots de résistance émergents. L’objectif n’est donc plus de construire un mouvement unique, monolithique, mais bien d’envisager l’avancée des luttes sous forme de coopérations entre ces différents îlots, sans essayer de se convaincre de tous faire la même chose.

Évidemment, nous n’avons pas toutes et tous la même histoire, la même capacité de résistance, les mêmes privilèges, les mêmes tempéraments, les mêmes moyens financiers… Mais il nous parait possible de se reconnaître différent⋅es, de respecter la diversité de chacun et chacune dans leurs stratégies et leurs tactiques, tout en partageant des buts communs.

Cette notion d’archipélisation nous permet de poser un cadre temporaire de nos relations avec d’autres structures. À la fois une manière de faire collectif (sans forcément penser la même chose), et une manière d’être aux autres (avec ce qu’ils et elles nous apportent, ce que nous leur apportons, sans pour autant les absorber ou être absorbés par elles et eux, sans pour autant les adouber ou être adoubés par elles et eux).

Définition de l'Archipel citoyen "Osons les jours heureux"

Source : https://osonslesjoursheureux.net/wiki/?AndThen/download&file=180122_Archipel_illustre1.pdf

L’Archipel citoyen n’est pas pyramidal, mais au contraire fluide et efficient. Ce n’est pas une simple collection d’organisations rassemblées sous l’étiquette commune de « mouvement issu de la société civile ». Il n’a pas vocation à devenir un parti politique, mais il est ouvert au champ « non partidaire ».

Le projet pilote de gouvernance implique toutes les îles-membres dans un processus d’apprentissage mutuel. Au bout d’un an, le bilan des succès et des échecs sera dressé pour en tirer les leçons.

Si l’expérience s’avère concluante, le nombre d’îles-membres, actuellement limité à cinquante, pourra évoluer afin d’augmenter notre influence dans le débat politique.

Nous espérons que la gouvernance originale de l’Archipel citoyen stimulera la Grande Transition écologique, sociale et démocratique, afin de bâtir pour tous des Jours Heureux.

L’expérimentation permettra de mesurer la force de la relation entre les îles et l’apport de ce nouveau modèle de gouvernance au Bien vivre en actes. L’évaluation finale aura lieu lors d’un séminaire à Villarceaux en novembre 2018.

Extraits de "L’archipel, une notion dont le temps est venu"

Claude Henry – mi janvier 2017

Source : https://osonslesjoursheureux.net/wiki/?TextesReferenceTravail/download&file=Larchipel_la_notion__V2.docx


La notion d’archipel a été souvent utilisée depuis trois ans dans le Collectif « Pouvoir citoyen en marche », continuation des « Etats généraux du pouvoir citoyen »). Elle est devenue pour beaucoup une « aide à penser » l’aventure intellectuelle et politique dans laquelle ce groupe s’est engagée face à la situation mondiale, courant 2013. Sans prendre le temps d’approfondir sa signification, même si nul n’ignorait qu’elle avait sa source dans la pensée du magnifique auteur Edouard Glissant, originaire d’une des îles de l’archipel le plus connu en France, celui des Caraïbes.

La notion évoquait tout de suite, pour qui la découvrait, une réalité tangible : celle de plusieurs îles rassemblées par une même géographie proche, mais que les chocs de l’Histoire avaient entrainées dans des cultures et des institutions spécifiques. Se servir de cette analogie parlait directement à l’esprit - on peut même dire au cœur – de celui/celle qui percevait la diversité de nos organisations et qui voyait avec tristesse la difficulté pour cet ensemble de devenir une large force socialement reconnue, dès lors que chaque structure était souvent trop prise par son quotidien et ses propres histoire et références.

Dans un archipel physique, il n’y a pas de centre, chaque ile construit son chemin, porteur de sa propre culture, de sa « poétique », dans son « lieu », ouvert aux autres, et en recherche de construction archipélique avec les « iles » les plus proches – ou avec des îles dans d’autres archipels. Il s’en suit des « créolisations » entre iles voisines qui s’étendent bientôt aux iles plus éloignées puis vers d’autres archipels. Bien que certaines îles portent plus que d’autres l’énergie de créolisation, toutes les îles et archipels sont travaillés par le désir de Relation.

Et E. Glissant nous met en garde : chaque organisation a la tentation de reconstruire un « universel », à partir de son « lieu ». Chaque entité a son « lieu », sa « poétique », son identité. Cette dernière est entretenue comme identité-relation, à partir d’une identité-racine, respectée, mais guérie de tout désir de devenir universelle. L’identité-relation favorise la créolisation qui à son tour renforce l’identité-relation. L’archipel se développe et grandit. L’appartenance – à « mon lieu » - et la relation sont alors « secrétées » ensemble.