Dominer, Enquête sur la souveraineté de l'État en Occident

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Ouvrage de Pierre DARDOT, Christian LAVAL

Résumé

Il est courant de déplorer le déclin de la souveraineté de l’État-nation, qui semble devoir être aujourd’hui supplantée par la puissance du capital mondial. Restaurer la verticalité de l’État et son autorité serait ainsi la seule voie pour contester le globalisme néolibéral. C’est contre cette illusion, encore trop répandue à gauche, que Pierre Dardot et Christian Laval ont entamé ce long parcours dans l’histoire complexe et singulière de l’État occidental moderne, depuis sa naissance à partir du modèle de l’Église médiévale jusqu’à son rôle actuel d’État-stratège dans la concurrence mondiale. Comprendre les aléas et les détours de cette construction, c’est mettre à nu les ressorts d’une domination sur la société et sur chacun de ses membres qui est fondamentalement de l’ordre de la croyance : les « mystères de l’État », le culte de sa continuité qui oblige ses représentants par-delà leur succession, la sacralité dont ces derniers aiment à s’entourer dans l’exercice de leurs fonctions, autant d’éléments qui ont pu changer de forme, mais qui demeurent au principe de sa puissance. En retraçant cette généalogie, il s’agit pour les auteurs de montrer que l’on ne peut répondre aux défis de la mondialisation capitaliste et du changement climatique sans remettre en cause cet héritage. Car l’invocation de la souveraineté « nationale » est devenue l’alibi de l’inaction climatique et de la perpétration des écocides. Pour affronter ces enjeux globaux, il est indispensable de s’attaquer àun tel régime d’irresponsabilité politique qui dispense les gouvernants de rendre des comptes aux citoyens. C’est dire qu’il faut ouvrir la voie à un au-delà de la souveraineté étatique.

Commentaire de Julien Lecaille

Jonathan Durand Folco vient de terminer la lecture du dernier ouvrage qu’il qualifie de magistral de Pierre Dardot et Christian Laval, « Dominer, Enquête sur la souveraineté de l'État en Occident (La Découverte, 2020). ». Pardon l'ami, j'ai utilisé tes mots, concaténé ton propos, mais c'est lui bien sûr que je mets en avant, tant tout ça nous parle fort.

En remontant au droit canon grégorien du XIè siècle, cher à l’ami Dominique Filatre, au goût pour l'histoire des communs de Michel Bauwens, et de la hiérarchie administrative au sein de l'Église on voit bien d’où part le modèle juridico-politique de la "souveraineté de l'État", bien avant la consolidation de l'État moderne, qui arrivera à justifier la légitimité d'un sujet à disposer du pouvoir suprême de commander.

Le néolibéralisme signifie moins le retrait de l'État qu'un repositionnement de celui-ci, avec un caractère parfois très répressif et anti-démocratique. En sont témoins l’imposition dans la plus grande opacité des traités de libre-échange et l’arrivée des nationalismes autoritaires agressifs de dirigeants comme Bolsonaro, Trump, Erdogan et Poutine qui sont, pour les auteurs, les deux faces d'une même médaille. « Contrairement à une idée bien trop répandue à gauche, il faut affirmer haut et fort : la souveraineté de l'État n'est pas la solution, la souveraineté de l'État fait partie du problème »

Faisant appel aux traditions de certains peuples premiers, ils précisent que cette notion devrait représenter "la responsabilité du territoire que l'on habite et sur lequel on exerce une forme distinctive de contrôle".

Ici, le territoire n'est pas tant une propriété qu'une chose dont on a la charge, ce qui est l'exact opposé de la domination de l'État.

Souveraineté étatique contre Responsabilité politique, le projet d’émancipation qui émerge du chaos actuel est l’alternative la plus sensée dans le contexte, une souveraineté « populaire » comme un ensemble de pratiques, d'expériences et d'institutions d'autogouvernement qui permettent aux personnes concernées d'exercer un contrôle effectif sur leurs gouvernants qui doivent être "révocables, comptables et responsables".

Bref, Dardot et Laval appellent à dépasser l'idée de représentation politique en plaidant pour des institutions basées sur le commun, l'association et la démocratie directe, avec une possibilité de délégation du pouvoir basée sur la fédération des communs et le mandat impératif.

En conclusion, ils annoncent le tome deux de leur ouvrage, sur la base d'une "cosmopolitique des communs", "L'obligation du commun est également une obligation politique mais en un sens nouveau: elle procède d'une responsabilité à l'égard des conditions d'habitabilité de la Terre pour tous les vivants. Elle ne dissocie pas l'obligation des hommes les uns à l'égard des autres de l'obligation des hommes à l'égard de ces conditions. Non pas des hommes en tant qu'ils forment cet ensemble abstrait qu'on appelle humanité, mais des hommes en tant qu'ils sont partie prenante des communs, en tant qu'ils sont acteurs des communs, qu'ils soient locaux ou transnationaux.